Logo Mis à jour le 22/09/2021 Alerte

Non, ça ne se mange pas !

Trop d'industriels persistent à présenter des produits cosmétiques ou d'hygiène sous une forme appétissante. Gare à la confusion pour les enfants. iStock/Emmeci74

Nous faire prendre des vessies pour des lanternes est une tactique à double tranchant pour les stratèges de l'emballage. En effet, certains produits cosmétiques, détergents ou de décoration ressemblent à s'y méprendre à des produits alimentaires ! Le but : les rendre plus attractifs. Mais dès lors que la confusion est possible, ils tombent potentiellement sous le coup d'une interdiction. C'est ce que vient de rappeler une nouvelle fois la Répression des fraudes (DGCCRF). Au cours de l'année 2020, elle a contrôlé 244 établissements dont les produits étaient susceptibles d'être confondus avec des denrées alimentaires.

Une majorité des produits contrôlés non conformes

Sur les 35 prélèvements, plus des trois quarts (77 %) se sont avérés non conformes et plus de la moitié dangereux. Un résultat encore plus mauvais que celui constaté l'année précédente : en 2019, le taux de non-conformité s'élevait « seulement » à 60 %. Régulièrement, des produits font ainsi l'objet d'un rappel par leurs fabricants. C'est notamment ce qui s'est passé en mai 2021 avec des gommes en forme d'aliments vendues avec un hors-série du magazine Hello Girls. À LIRE AUSSI >>> Produits dangereux : enfin, un site officiel

Teinture pour cheveux, gel hydroalcoolique, magnets…

Même chose avec la teinture pour cheveux Colour Shake, vendue par l'enseigne à bas coût Normal. Elle était présentée en gourde, d'où une méprise possible avec des gourdes de compote pour les enfants. Les noms des produits ajoutaient à la confusion puisque les couleurs de teinture étaient associées à des parfums : « chocolat », « caramel », « espresso ». Des fondants pour le bain en forme de cupcakes ou des magnets en forme de macarons ont également été rappelés, de même que des gourdes de gel hydroalcoolique vendues chez Action en avril 2021. Voici d'autres exemples de produits portant à confusion :

Jus de fruits… ou lessive ? N'en buvez pas ! Ce liquide est en fait une lessive E. Leclerc. Bien que n'ayant pas recensé de cas d'intoxication, le distributeur alerté en 2020 par le risque de confusion a depuis changé la forme de sa bouteille. Chocolat… ou savon ? La ressemblance est troublante, mais c'est en fait un savon aux « excellentes qualités cosmétiques », selon son fabricant belge. En France, des savons imitant des aliments ont déjà fait l'objet de rappels. Donut… ou jouet ? Ce jouet à mémoire de forme (« squishy ») imite une gourmandise sucrée. Ces produits font l'objet d'une surveillance régulière par les services de la Répression des fraudes. Dessert… ou gel pour les mains ? L'an dernier, les magasins Hema ont mis en vente ce gel hydroalcoolique dans des gourdes… pas très différentes des gourdes de compote ! Mauvaise idée. Le produit a été rappelé en octobre 2020.

Une pratique prohibée en Europe… depuis 1987

« Lors des présents contrôles, les enquêteurs ont à nouveau constaté que seuls les opérateurs spécialisés, tels les grossistes et les centrales d'achat, connaissaient la réglementation applicable aux imitations de denrées alimentaires », souligne la DGCCRF. En revanche, la majorité des distributeurs indépendants ou des nouveaux opérateurs contrôlés ignorent cette réglementation, « en particulier les fabricants de petite taille ». Pourtant, le texte européen prohibant cette pratique remonte à plus de trente ans. Sont ainsi interdites la fabrication et la commercialisation des produits qui, « tout en n'étant pas des denrées alimentaires, ont une forme, une odeur, un conditionnement, un étiquetage […] tels qu'il est prévisible que les consommateurs, en particulier les enfants, les confondent avec des produits alimentaires » et, de ce fait, provoquent des « risques tels que l'étouffement, l'intoxication » (directive européenne de 1987 transposée dans le décret du 9 septembre 1992, dit décret « confusion »).

Des dangers bien réels, selon le Centre antipoison de Paris

Et les dangers sont bien réels. Chef de service du centre antipoison de Paris, attaché au CHU Lariboisière, le Dr Jérôme Langrand dit recenser plusieurs cas d'accidents chaque année liés à un emballage trompeur (parmi les quelque 50 000 signalements traités pour la région Île-de-France). Un travail est engagé avec l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) « pour établir un suivi plus précis », d'après le médecin. « La confusion des contenants est une source importante d'accidents, insiste le Dr Langrand. Un exemple différent mais qui est révélateur : nous recevons tous les jours des appels de parents qui se sont trompés de flacon et ont donné des huiles essentielles au lieu de la vitamine D à leur enfant. » À LIRE AUSSI >>> Perles d'eau : une déco à tenir hors de portée des enfants

Inciter à l'acte d'achat par la gourmandise

Dans un bulletin de vigilance publié en juillet 2020, l'Anses s'inquiète de l'imitation délibérée d'aliments par certains fabricants : « Parfois très réalistes, ces produits incitent à l'achat en stimulant la gourmandise du consommateur, en associant son utilisation à un moment de plaisir sensoriel, voire en attirant les plus jeunes, occultant ainsi les risques potentiels qui en découlent. » Même hors de toute stratégie volontaire, la confusion est parfois possible. À titre d'exemple, nos lecteurs se sont émus l'an dernier d'une bouteille de lessive des magasins E. Leclerc ressemblant comme deux gouttes d'eau à une bouteille de jus de fruits (voir le diaporama ci-dessus). Depuis le distributeur a retravaillé la forme de sa bouteille « avec un passage sur un flacon plus trapu (moins haut, plus large et plus carré) ».

Dans le doute, la DGCCRF tranche

C'est pour la même raison que les bouteilles en verre consignables de la marque La Lessive de Paris ont fait l'objet d'un signalement auprès du centre antipoison et de toxicovigilance de Paris. Et c'est la DGCCRF qui tranche en fonction du risque de confusion et de l'exposition plus particulière des enfants. En juin 2020, elle a été interrogée sur des solutions hydroalcooliques présentées… dans des bouteilles de vin ! Dans un contexte de forte demande et de pénurie de flacons, un producteur franc-comtois avait utilisé ces contenants inhabituels. Mais l'étiquetage ayant été adapté « de manière très explicite », l'Administration a écarté le risque de confusion, notamment pour les enfants. Le produit n'a donc pas été rappelé. À LIRE AUSSI >>> Bonbons boules magiques : des années d'alerte – et un décès

N'hésitez pas à signaler ce type de produit

Si l'Anses, les centres antipoison et la DGCCRF travaillent de concert, les particuliers sont également invités à participer à la veille. Une trop grande ressemblance entre un aliment et un produit détergent, cosmétique ou de décoration peut ainsi être signalée aux autorités via le site officiel SignalConso.

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