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Votre crème solaire va-t-elle préserver les océans ?

Nous nous sommes penchés sur 15 sprays, crèmes et laits solaires. Tous se veulent respectueux de l'environnement, mais la réalité n'est pas si simple. iStock/White Bear Studio

Les consommateurs d'aujourd'hui demandent aux produits solaires de les protéger des ultraviolets (UV), certes, mais sans impacter les océans. Les marques l'ont compris : dans le nouveau banc d'essai de 60 Millions, plus de la moitié des sprays, laits et crèmes solaires arborent une allégation de protection de la vie marine. Mais dans la plupart des cas, cette allégation reflète simplement l'absence des principaux filtres réputés toxiques pour l'écosystème marin, et non l'innocuité du produit entier.

Des filtres solaires interdits par la loi à Hawaï

Les marques font ainsi référence, plus ou moins explicitement, à une loi promulguée à Hawaï (États-Unis) interdisant la présence d'oxybenzone (benzophénone-3) et d'octinoxate dans les produits solaires depuis janvier dernier. C'est le cas de Nivea, qui indique par exemple que son spray solaire SPF 50+ est « conforme avec la loi de Hawaï de 2018 ». Klorane, de son côté, affirme que son « spray solaire sublime » Polysianes SPF 50 ne contient que des filtres testés comme non toxiques pour la biodiversité marine. À LIRE AUSSI >>> Il est pas durable, mon poisson ? Pourtant, l'interdiction, à partir de 2023, de deux autres filtres fait l'objet d'un projet de loi à Hawaï : l'octocrylène et l'avobenzone. Cette dernière molécule figure non seulement dans la liste d'ingrédients des produits Garnier Ambre solaire Sensitive Expert SPF 50+, La Roche-Posay Anthelios SPF 50+ et A-Derma Protect-AD SPF 50+, mais aussi… dans les produits de Nivea et de Klorane. Méfiance, donc, avec ces allégations !

Le Cosméto'Score contredit certaines allégations des fabricants

Comme vous pourrez le découvrir dans notre tableau comparatif des crèmes solaires, le Cosméto'Score des 15 produits que nous avons soumis au banc d'essai ne corrobore pas toujours les allégations des fabricants. Rappelons que le Cosméto'Score a été mis au point par les ingénieurs de l'Institut national de la consommation (INC, éditeur de 60 Millions). Il est basé sur un système d'évaluation qui prend en compte tous les ingrédients, en pondérant leurs risques selon leur importance dans le produit et suivant l'usage qu'on en fait. Il attribue des notes allant de A à E.

Solvants et polymères au menu

La cohérence est là pour les produits Biotherm, Respire, Cattier. Mais Klorane écope d'un Cosméto'Score C, Lovea (spray hydratant SPF 50) d'un D, et Nivea d'un E.

Au-delà des filtres organiques ou minéraux nocifs pour le milieu aquatique, d'autres ingrédients peuvent en effet être problématiques pour l'environnement, comme des solvants, des polymères, etc. Bonne nouvelle, cependant : nous avons trouvé moins de silicones que dans de précédents bancs d'essai. À LIRE AUSSI >>> Cosméto'Score : bonnet d'âne pour les crèmes antirides

« Un vrai vide au niveau de la réglementation »

Pour alléguer d'une absence de nocivité pour les coraux, des tests sont en général réalisés sur des zooxanthelles, des microalgues unicellulaires vivant dans l'exosquelette du corail. Mais est-ce suffisant pour élargir les conclusions à la « vie aquatique » dans son ensemble ? Lors d'un atelier sur les produits solaires, la Fédération des entreprises de la beauté (Febea) a insisté sur le fait qu'il n'y avait pas, pour l'instant, de consensus sur l'effet des filtres solaires sur l'environnement. Autrement dit, leur impact sur l'océan ne serait pas avéré. À LIRE AUSSI >>> Crèmes solaires pour enfants : toujours des ingrédients controversés « Il y a un vrai vide au niveau de la réglementation européenne des produits cosmétiques : aucune évaluation des risques écotoxicologiques n'est obligatoire, déplore sous couvert d'anonymat le responsable d'une société spécialisée dans l'évaluation de ces risques. Et il n'existe aucune ligne directrice sur les tests à réaliser pour permettre les allégations de protection des océans. » Des recherches sur l'impact réel des protections solaires sur cet écosystème fragile sont donc souhaitables, de même qu'une évolution réglementaire.

Crèmes solaires et environnement : quelques allégations à la loupe

Sur les flacons et les emballages de produits solaires, vous pourrez observer diverses formulations. Voici à quoi elles font référence.

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