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Plus chers pour les femmes : sexistes, les coiffeurs ?

Le collectif « Coiffure en lutte » dénonce les prix différenciés hommes/femmes. Il réclame des tarifs liés à la prestation réellement fournie. iStock/Vlayko

Dans les salons de coiffure, il y a le tarif pour les femmes et celui pour les hommes. Régulièrement, des lectrices nous écrivent pour s'indigner de cette différenciation. C'est le cas de Marie, qui n'hésite pas à parler d'une injustice tolérée par presque tous : « À coupe identique, sur cheveux courts par exemple, je paie la prestation 55 % plus cher juste parce que je suis une femme. Pour exemple : shampoing, coupe et coiffage pour un homme = 24 €. La même chose pour une femme = 37 €. Je trouve que c'est du sexisme ! »

Le prix à la minute est toujours plus cher pour les femmes

Marie n'est pas la seule à le penser. Le collectif Coiffure en lutte s'est créé tout récemment sur Instagram pour dénoncer les discriminations dans les salons de coiffure et, en particulier, le tarif genré. Lancé par quelques coiffeuses et coiffeurs, ce collectif regroupe désormais des acteurs multiples, dont des consommateurs et consommatrices.

Instagram/coiffure.en.lutte

30 % moins cher pour les hommes chez le coiffeur

« Actuellement, une femme paie en moyenne 35 € pour 30 minutes, un homme 20 € pour 25 minutes, détaille Laura, membre du collectif et elle-même coiffeuse depuis 17 ans. Ce qui montre que le tarif à la minute est toujours plus cher pour les femmes. » 1,17 € par minute d'un côté, 80 centimes de l'autre : les hommes paieraient ainsi d'emblée 30 % moins cher.

Imaginer un tarif établi sur la complexité et la durée

Au-delà de cette différence sur les prix, Coiffure en lutte souhaite dénoncer plus généralement la séparation homme/femme. « Les tarifs genrés vont à l'encontre des personnes transgenres ou non-binaires. La notion de genre n'a plus lieu d'être aujourd'hui, car elle exclut un certain nombre de personnes. Le salon de coiffure est un lieu de bien-être qui doit pouvoir accueillir tout le monde, quelle que soit son identité. » Le collectif propose d'appliquer des tarifs non en fonction du genre du client, mais simplement de la prestation demandée et du temps consacré. « On peut imaginer un tarif établi selon la longueur du cheveu, ou bien selon la complexité de la prestation et du temps passé, avec par exemple une base de trois tarifs : 20 minutes, 40 minutes, 1 heure. » À LIRE AUSSI >>> Gummies : des bonbons pour cheveux pas si bons ?

Les salons de coiffure mixtes doivent afficher des tarifs séparés

Le collectif Coiffure en lutte espère constituer une liste de salons s'affichant comme non genrés partout en France. Mais la loi actuelle pourrait être un frein à cette initiative, puisque les salons mixtes sont actuellement tenus d'afficher en vitrine 10 tarifs pour les hommes et 10 tarifs pour les femmes… « Cet arrêté de 1987 n'est quasiment jamais appliqué dans la réalité », constate Laura. Elle souhaite que les notions d'homme et de femme disparaissent des vitrines, et demande un changement de réglementation. « L'idée n'est pas du tout d'encadrer les tarifs, qui doivent rester libres bien entendu, mais simplement de rendre les salons accessibles à toutes et tous. »

Mieux former les coiffeuses et coiffeurs

Outre cet arrêté jugé obsolète, c'est aussi la formation des coiffeurs et coiffeuses qui est pointée du doigt par le collectif. « Beaucoup de coiffeurs ne savent pas répondre à certaines demandes, comme faire un dégradé à blanc sur une femme, déplore Laura. La formation continue à enseigner le brushing, quasiment plus demandé, et les élèves à apprendre sur des mannequins aux cheveux lisses. » Le collectif réclame ainsi que les cheveux bouclés, frisés et crépus soient intégrés dans les formations. Une question que nous avions abordée en 2019 déjà, dans notre enquête Coiffure : les cheveux frisés et crépus privés de salons ?

Il est possible de saisir le Défenseur des droits

Interrogé sur la différenciation des tarifs entre hommes et femmes, le Défenseur des droits nous indique qu'il n'a jamais été saisi de cette question. Il ne peut donc pas donner une position sur le sujet. Pourtant, la problématique existe bel et bien, comme le souligne notre lectrice Marie : « Je me fais jeter de tous les coiffeurs quand je demande à passer au tarif homme puisque j'ai les cheveux aussi courts qu'un homme. » Marie, et toute personne qui s'estimerait discriminée dans un salon de coiffure, ne doit donc pas hésiter à saisir le Défenseur des droits par téléphone au 39 28 ou sur sa plateforme antidiscriminations.

Améliorer l'accueil dans les salons de coiffure

Pour le collectif Coiffure en lutte, les salons doivent également améliorer l'accueil des consommateurs qui peuvent s'en sentir exclus : personnes à mobilité réduite ou en surpoids ; personnes autistes, neuroatypiques ou hypersensibles au bruit ; personnes présentant une alopécie ou une particularité du cheveu ou du cuir chevelu…

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