Logo Mis à jour le 17/06/2021 Alerte !

Oxyde d'éthylène : des glaces contaminées en masse

Après le sésame et les épices, au tour des crèmes glacées d'être touchées. Des conserves de poisson sont aussi concernées. Et ce n'est pas fini ! AdobeStock/Warakorn

On le redoutait : l'affaire du sésame contaminé à l'oxyde d'éthylène (ETO), révélée à l'automne 2020 (voir notre série d'articles sur le sujet), n'était que le début d'un long feuilleton. Au moment où les températures grimpent, c'est au tour des glaces et crèmes glacées de faire leur apparition dans la liste des plus de 7 000 produits dépassant les teneurs autorisées pour ce pesticide classé cancérogène, mutagène et reprotoxique, interdit d'utilisation en Europe.

Glaces en bac, glaces en pot, bâtonnets et desserts glacés

La Laitière, Extrême, Adélie, Twix, Bounty, Snickers… Plus d'une centaine de références sont rappelées, y compris des marques de distributeurs comme Picard, Auchan, Leclerc, Carrefour ou encore Leader Price. À LIRE >>> La liste à jour des glaces, sorbets et desserts glacés rappelés Ce n'est pas parce qu'elles contiennent du sésame, du curcuma ou une autre épice, déjà concernés par la contamination à l'ETO, mais parce que leur recette intègre un ingrédient au pouvoir épaississant.

Un additif pour ralentir la fonte de la glace

« L'analyse d'un stabilisant entrant dans la composition de certaines crèmes glacées, la farine de caroube [E410], a révélé des teneurs en oxyde d'éthylène supérieures à la limite maximum règlementaire », explique la Répression des fraudes (DGCCRF) dans un communiqué du 15 juin. Plusieurs fabricants évoquent quant à eux un rappel en raison de la contamination d'un autre additif : la gomme de guar (E412), issue de la graine des haricots de guar. Comme la farine de caroube, la gomme de guar est très appréciée de l'industrie. « Son utilisation dans les glaces permet d'améliorer leur texture tout en ralentissant leur fonte à température ambiante », détaille Antoine Haentjens, ingénieur agroalimentaire à l'Institut national de la consommation (INC, éditeur de 60 Millions).

Des rilllettes de thon et des sardines marinées

Évidemment, ces additifs ne sont pas utilisés que dans les glaces. D'ailleurs, depuis quelques semaines, d'autres produits contenant de la gomme de guar ont été retirés des rayons et ont fait l'objet de rappels. C'est le cas de plusieurs conserves de poissons, y compris bio : Phare d'Eckmühl rappelle des rillettes de thon, des filets de sardines marinés au citron bio ainsi que des miettes de thon à la sauce tomate bio. Même chose pour Connétable et ses sardines marinade citron bio. Il est désormais à craindre une nouvelle vague de rappels, farine de caroube et gomme de guar étant largement incorporées par les industriels. On trouve par exemple cette dernière dans certains desserts laitiers ou laits de coco, ou encore pour fabriquer du Lygomme, utilisé comme faux fromage en remplacement de la mozzarella sur les pizzas à bas prix. À DÉVORER >>> Notre hors-série Manger sans s'empoisonner

Des industriels rappelés à leurs obligations

Une alerte a d'ailleurs été lancée début juin, dans le réseau européen RASFF, à propos de Lygomme importé de Turquie pour la fabrication de glaces espagnoles susceptibles d'avoir été distribuées en France (lien en anglais). L'oxyde d'éthylène n'a pas fini de faire transpirer les industriels. Le gouvernement a d'ailleurs tenu à leur rappeler « leur obligation de procéder au retrait/rappel des produits non conformes », même si les produits transformés n'incorporent la matière première contaminée qu'à de petites doses.

Sésame, échalotes, curry, gingembre… Ces rappels continuent aussi

L'affaire des glaces ne doit pas faire oublier que des tas d'autres produits contaminés à l'oxyde d'éthylène continuent d'être rappelés chaque semaine : des aliments avec du sésame, du curcuma, des échalotes, du curry, du gingembre, compléments alimentaires, etc. Sans compter les nombreuses denrées interceptées à la frontière, grâce aux contrôles renforcés mis en place sur les produits en provenance d'Inde. Ainsi le 26 mai dernier, la France bloquait une cargaison de graines de café vert bio (lien en anglais).

Si j'ai consommé ces produits, est-ce risqué pour ma santé ?

C'est la question qui se pose depuis le début de cette affaire en septembre 2020. Il n'y a, a priori, pas de risque immédiat. La DGCCRF précise : « Il convient de limiter au maximum l'exposition des consommateurs à cette substance, un risque pouvant exister sur le long terme en cas de consommation de produits en contenant. » Les autorités se veulent rassurantes en indiquant qu'elles n'ont eu connaissance d'« aucun signalement d'intoxication » de consommateur en lien avec les produits rappelés. Mais qu'en est-il d'une consommation à long terme ? Aucune évaluation des risques n'est envisagée par l'Agence de sécurité sanitaire (Anses), comme elle nous le précisait en février dernier. Pour elle, l'issue d'une telle étude est trop incertaine : « La difficulté de reconstituer une exposition réaliste n'incite pas à déployer une évaluation des risques rétrospective qui serait menée avec de fortes incertitudes sur le scénario d'exposition. »

Mise à jour du 17 juin 2021 à 18 h 40

Rectificatif : pas de gomme de guar contaminée dans les conserves Petit Navire

Contrairement à ce que nous avons écrit dans un premier temps, Petit Navire n'a pas rappelé ses conserves de poissons, en mai dernier, en raison de la présence d'oxyde d'éthylène (ETO) dans la gomme de guar qu'elle utilise dans ses produits, mais en raison de la présence d'ETO dans un lot d'oignons et d'échalotes. « L'oignon et l'échalote étant très minoritaires dans les recettes et présents en petite quantité, ce rappel constitue une mesure de précaution », souligne la marque, à qui nous présentons nos excuses pour cette erreur.

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