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Messageries instantanées : et si on quittait WhatsApp ?

WhatsApp est accusée de vouloir livrer à Facebook les données de ses 2 milliards d'utilisateurs. Des alternatives existent : nous les avons comparées. iStock/sefa ozel

C'est le bad buzz du moment. Alors que les outils numériques de communication sont plébiscités depuis le début de la pandémie, l'un des plus importants d'entre eux, WhatsApp, trébuche. Le 4 janvier 2021, l'application de messagerie la plus populaire annonce une mise à jour de ses conditions générales d'utilisation préalable au transfert de données vers Facebook, sa maison mère. Avec une entrée en vigueur fixée au 8 février. Aussitôt, c'est un tollé et des millions d'utilisateurs se ruent vers d'autres applications.

Obligés de céder vos données personnelles

En 2014, lors du rachat de WhatsApp par Facebook, Jan Koum, cofondateur de la messagerie, se voulait rassurant : « Le respect de votre vie privée est codé dans notre ADN. » En 2016, pourtant, la promesse prend l'eau. WhatsApp invite ses utilisateurs à valider le partage de leurs données avec d'autres entreprises du groupe, parmi lesquelles Facebook et Instagram – certes, pas le contenu des conversations, mais leurs numéros de téléphone, listes de contacts et autres données de connexion. Les utilisateurs restent cependant libres de refuser. En 2021, et c'est le sens du message du 4 janvier, l'acceptation d'une nouvelle vague de transferts de données devient obligatoire pour continuer à utiliser le service. À LIRE AUSSI >>> Fibre optique : les 8 questions que vous vous posez

Une mise à jour reportée… de trois mois

L'annonce passe d'autant plus mal que WhatsApp déploie depuis longtemps « une stratégie marketing assez agressive pour faire passer son application comme très respectueuse de la vie privée », explique Bastien Le Querrec, juriste et membre de la Quadrature du Net, une association de défense et de promotion des droits et libertés sur Internet. Trois jours plus tard, face à l'ampleur des réactions, WhatsApp rétropédale et reporte la mise à jour au moins jusqu'au 15 mai. Ce que WhatsApp n'a certainement pas oublié, c'est que, de ce côté-ci de l'Atlantique, il faut faire avec le règlement général sur la protection des données (RGPD). Ce texte, appliqué depuis 2018, encadre la gestion des données personnelles des citoyens européens. S'il n'interdit pas le partage de ces données sensibles entre les sociétés d'un même groupe, il en fixe les conditions.

« Le consentement demandé n'est pas libre et éclairé »

« Le problème, c'est que le consentement demandé n'est pas libre et éclairé. WhatsApp conditionne l'accès à son service au fait que ces données personnelles sont traitées à des fins publicitaires, précise Bastien Le Querrec. C'est en cela qu'elle ne respecte pas le RGPD. » Mais pour le juriste, ce rétropédalage n'est pas guidé par des questions légales ni par la crainte des autorités : « C'est plutôt la pression médiatique, probablement mal anticipée. » Cet emballement révèle combien le traitement des données est devenu une affaire sensible au moment où la planète entière communique via ces outils. Pour se parler, se voir, partager photos ou vidéos, à deux ou en groupe, c'est simple, rapide, et surtout gratuit. Alors, faut-il désinstaller WhatsApp et opter pour une autre appli qui joue moins avec le feu ?

WhatsApp vs. Olvid, Signal, Telegram, Threema ou TwinMe

Les concurrents sont prêts à profiter de cette vague de protestation. En premier lieu, l'américaine Signal, conçue par l'ex-dirigeant et cofondateur de WhatsApp, Brian Acton, et vantée par le lanceur d'alerte Edward Snowden. Mais aussi la russe Telegram, créée par deux opposants de Vladimir Poutine (exilés depuis à Dubaï), et dont on dit qu'elle est autant prisée des hommes politiques que des terroristes. Derrière ces deux mastodontes, des acteurs plus modestes jouent, eux aussi, la carte de la sécurité et du respect de la vie privée de leurs utilisateurs : les deux françaises Olvid et TwinMe (déclinée en Skred pour le réseau Skyrock), et la suisse Threema. Nous avons comparé en détail WhatsApp à ces applis alternatives :

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« Open source », ça veut dire quoi ?

La mention « open source » indique que le code qui fait fonctionner une appli est en accès libre. Il est consultable et donc vérifiable par tous, par exemple pour y détecter des failles de sécurité. Ce qui représente une garantie supplémentaire de sécurité.

Des conversation chiffrées de bout en bout

Garanties sans pub, les cinq concurrentes se targuent de répondre aux questions que cette affaire a mises sur la table. Et tout d'abord à la première d'entre elles : « Quelqu'un peut-il intercepter mes conversations ? » À LIRE AUSSI >>> La 5G en sept questions La réponse est non si les messages sont chiffrés de bout en bout, ce qui est le cas pour ces cinq applications (à activer cependant avec Telegram). Ce cryptage, également en place sur WhatsApp, garantit que seuls l'émetteur et le récepteur ont accès au contenu de la conversation. En revanche, les données de connexion ou les informations fournies de plein gré par les utilisateurs sont potentiellement exploitables. D'où l'importance d'effectuer des réglages.

Certaines applis accèdent à votre répertoire

Dans les paramètres, vous déciderez qui est autorisé à vous envoyer un message, qui de vos contacts aura accès à votre « statut » ou votre photo de profil. Vous désactiverez, si besoin, l'indicateur de présence (le « vu à… »), la confirmation de lecture ou les notifications indiscrètes qui affichent sur l'écran en veille une partie des messages entrants. Vous pourrez même opter pour 100 % de messages éphémères qui s'autodétruiront après un laps de temps. Autre critère : l'accès de l'application à votre liste de contacts – une fonction qui peut présenter un risque de dévoiler des noms, des numéros de téléphone… En contrepartie, vous saurez instantanément qui, de vos contacts, possède un compte. C'est un mal pour un bien, diront certains, un piège à éviter pour d'autres. Si c'est obligatoire sur WhatsApp, c'est facultatif sur Signal, Telegram et Threema. De leur côté, Olvid et TwinMe refusent de connaître les contacts des utilisateurs et même, avec Threema, leurs numéros de téléphone. À LIRE AUSSI >>> Les seniors victimes d'une vague d'arnaques téléphoniques

Le point noir : l'absence d'interopérabilité

Comment, dans ce cas, ouvrir un compte et rejoindre sa tribu ? « Nous créons des codes et nous mettons en relation ces codes », résume Michel Gien, le concepteur de TwinMe. Lors d'une première connexion, un QR code est généré anonymement puis envoyé par le réseau que choisit l'utilisateur – une autre application ou son mail. Il n'y a donc aucune identification. Quoi qu'il en soit, en déménageant de WhatsApp vers une autre appli, ne perdez pas de vue qu'en l'absence d'interopérabilité (capacité à fonctionner ensemble et à partager des informations), vous n'y retrouverez vos amis que s'ils acceptent d'y ouvrir, eux aussi, un compte. À vous de déployer des trésors d'imagination pour les en persuader. Sinon, vous jonglerez avec plusieurs applications.

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