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Dix mille pas et plus. Avec application, Hugo et Louis (certains prénoms ont été changés) saisissent la barre posée au sol, et enchaînent des « épaulés-jetés », Dam Dam Deo en fond sonore. Les deux garçons, plutôt frêles, soulèvent une charge limitée : 2,5 kilos de chaque côté. A quelques mètres, face à un mur, Clémence et Judith font, elles, des tractions verticales des bras avec un SkiErg, un appareil qui permet de reproduire les mouvements des skieurs de fond. A l'autre bout de la salle de musculation, deux autres garçons se relaient pour transpirer sur un air bike, combinaison d'un vélo stationnaire et d'un elliptique…

Thomas Cuisset, le professeur, passe d'un petit groupe à l'autre, précisant ici une consigne, là une position, encourageant sans relâche ses dix élèves. Elèves dans tous les sens du terme. Ces haltérophiles en herbe sont scolarisés en 6e ou 5e, au collège Val de Somme, à Ailly-sur-Somme, près d'Amiens. Mais si M. Cuisset est bien professeur d'EPS dans l'établissement, ce n'est pas un cours de sport ordinaire. C'est un entraînement personnalisé, dans le cadre d'une option sport santé.

Haltérophilie et musculation

Diabète, TDAH (trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité), surpoids, ou encore scoliose, ces collégiens ont un handicap ou un problème de santé plus ou moins sévère. Solène est, elle, en fauteuil roulant, les membres inférieurs paralysés par une atteinte de naissance, le syndrome de Little. Pour ces jeunes, bien souvent en grande difficulté en cours de sport, quand ils n'en sont pas dispensés depuis des années, l'objectif est de se (re)mettre en mouvement dans les meilleures conditions possibles. Tous les lundis après-midi, ils se retrouvent pour une séance de deux heures d'activité physique adaptée (APA) dans la salle de musculation attenante au gymnase du collège. « Ce que je veux, c'est de la sueur et des sourires, résume Thomas Cuisset, à l'origine de cette option, créée en 2018 et proposée aussi à un groupe de 4e et 3e. Ici, c'est du sur-mesure, avec l'idée d'enlever tous les freins au plaisir de bouger, ce qui est compliqué à réaliser dans le contexte d'un cours d'EPS avec un grand nombre d'élèves, et une forte hétérogénéité des niveaux. »

Une séance de sport santé avec Thomas Cuisset, en octobre 2021, au collège Val de Somme, à Ailly-sur-Somme. S. CABUT

Le collège a signé une convention avec la Fédération française d'haltérophilie-musculation (FFHM), une discipline à laquelle M. Cuisset voit beaucoup d'avantages pour ces enfants. Il les initie aussi à la marche nordique. « J'utilise la gestuelle de l'haltérophilie pour des personnes qui ont mal au dos, donc pourquoi pas pour un renforcement musculaire chez des jeunes avec une scoliose ? », justifie l'enseignant qui s'est formé à l'APA, et collabore avec un chirurgien orthopédique. Et d'insister sur la légèreté des charges soulevées, bien moins lourdes qu'un cartable.

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