Logo Le sentier des Vikings, sur le site de l'Anse aux Meadows, sur l'île de Terre-Neuve (Canada). ALL CANADA PHOTO / HEMIS.FR

Commençons, une fois n'est pas coutume, par une information vieille de soixante ans mais qui, bien que capitale, a peut-être encore échappé à certains : Christophe Colomb n'est pas le premier Européen à avoir mis le pied en Amérique.

Un demi-millénaire environ avant la célébrissime traversée de l'Atlantique réalisée par le navigateur génois en 1492, des Vikings avaient débarqué sur l'île canadienne de Terre-Neuve, en un lieu aujourd'hui appelé l'Anse aux Meadows. Ils y avaient aussi vécu, ainsi que le démontrèrent des fouilles effectuées dans les années 1960, qui mirent au jour les restes d'édifices en tourbe et à charpente de bois – habitations, forge, ateliers – tels que les Scandinaves en construisaient au Groenland et en Islande. Inscrite depuis 1978 sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco, l'Anse aux Meadows constitue un site archéologique majeur, témoignage supplémentaire de l'expansion viking au Moyen Age.

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Une importante interrogation demeurait sur cette occupation américaine : de quand datait-elle exactement ? Le consensus évoquait le tournant du Ier et du IIe millénaire de notre ère, en se basant sur l'analyse des restes architecturaux et d'une poignée d'objets, ainsi que sur les sagas nordiques, récits établis longtemps après les faits supposés.

La datation d'une cinquantaine de vestiges avait été tentée par le passé sans donner de résultats précis, étant donné les limitations et incertitudes de cette technique dans les années 1960 et 1970 : les estimations s'étalaient de la fin du VIIIe siècle au milieu du XIe. Dans ce contexte de flou, le résultat d'une étude internationale publiée mercredi 20 octobre dans Nature fait l'effet d'une bombe, tant par sa précision que par l'année qui est évoquée : elle montre en effet que les Vikings étaient présents à l'Anse aux Meadows en 1021, il y a pile mille ans ! Cela ne dit cependant pas quand ils y sont arrivés ni combien de temps ils y sont restés.

Reconstitution d'un habitat viking près du site de l'Anse aux Meadows, sur l'île de Terre-Neuve (Canada). GLENN NAGEL PHOTOGRAPHY

« Ancre chronologique »

Comment ces chercheurs ont-ils procédé ? Comment a-t-on réussi à passer du très vague au très pointu ? Il a fallu un coup de pouce du ciel… En l'occurrence, les scientifiques ont profité d'un événement astrophysique inconnu – éruption solaire, supernova ? – qui, en 993, a provoqué un afflux de rayons cosmiques sur Terre.

En arrivant dans l'atmosphère, ces particules très énergétiques provoquent des cascades de réactions avec les atomes de l'air. Et notamment une transmutation de l'azote en carbone 14. Celui-ci connaît alors un pic de production qui, comme l'a démontré en 2012 la chercheuse nippone Fusa Miyake en étudiant des cèdres japonais, peut se retrouver dans les cernes annuels de croissance des arbres. Par conséquent, si l'on a la chance d'avoir du bois qui a été coupé après un événement à rayons cosmiques, le cerne produit cette année-là contiendra bien plus de carbone 14 que ses voisins.

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