Logo Albert Lautman, en 1942, à l'âge de 34 ans. ARCHIVES FAMILIALES

A première vue, c'est un colloque comme l'Ecole normale supérieure (ENS) en accueille régulièrement. Du 27 au 29 octobre, philosophes, mathématiciens et historiens se pencheront sur la vie et l'œuvre d'Albert Lautman, philosophe des mathématiques et résistant, fusillé en 1944, à l'age de 36 ans. Rien de plus normal s'agissant d'un ancien élève de cette institution, ayant navigué entre ces deux disciplines, peut-être les plus prestigieuses. En réalité, l'événement tient presque de la réparation d'une injustice mémorielle. Et son organisatrice, la société des amis de Jean Cavaillès, le mesure mieux que quiconque.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, Cavaillès a pris une place éminente au Panthéon des martyrs combattants. Philosophe des mathématiques, lui aussi, chef de réseau, capturé par les nazis et fusillé, il a été érigé en symbole de la Résistance universitaire. A la Sorbonne, à l'ENS ou encore à l'université de Strasbourg, salles et amphithéâtres portent son nom. Un collège, également, à Figanières, dans le Var, et quelques rues en France. Rien de tel pour Albert Lautman, juste une petite rue piétonne, au centre de Toulouse, où il vécut les dernières années de sa vie. Avec, ironie de l'histoire, une faute d'orthographe sur la plaque qui affiche deux « n ». « Dans les récits, Lautman passe toujours en second, quand il n'est pas oublié, regrette Alya Aglan, professeure d'histoire contemporaine à Paris-I. C'est peut-être en passe d'être réparé. »

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La trajectoire des deux hommes affiche une étonnante similitude. Admis à l'Ecole normale supérieure en 1926, à l'âge de 18 ans, Lautman y côtoie Raymond Aron et Georges Canguilhem, mais surtout Jean Cavaillès. Plus âgé de cinq ans, ce dernier tient auprès de lui le rôle de répétiteur pour préparer l'agrégation.

Il faut dire que les deux jeunes hommes partagent une même passion pour les mathématiques, inclination pas si courante chez les littéraires. Ils en arpentent la longue histoire, comme leur mentor Léon Brunschvicg, sous la direction duquel l'un et l'autre feront leur thèse, mais se passionnent aussi pour le bouillonnement mathématique alors en cours, et qui donnera lieu en France, au mouvement Bourbaki. Incorporés lorsque éclate la guerre, tous deux sont faits prisonniers, s'évadent, s'engagent dans la Résistance et sont fusillés en 1944, le 4 avril à Arras (Pas-de-Calais) pour l'aîné, le 1er août à Souge (Gironde), pour le cadet.

Tout au long de leur vie, une solide amitié et une complicité intellectuelle unissent les deux hommes. Ensemble, ils créèrent une collection philosophique chez Hermann. Eloignés géographiquement, ils établirent une correspondance régulière, avant et pendant la guerre. « Dans une lettre rédigée en prison, Cavaillès écrit que ce sont les conversations qu'il a eues avec Lautman qui ont été pour lui les plus précieuses », souligne Alya Aglan.

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