Logo Chevaux dans la steppe de Mongolie intérieure, en Chine, en juillet 2019. LUDOVIC ORLANDO

Tous les chevaux domestiques actuels sont issus d'un processus de domestication qui a eu lieu au nord du Caucase, il y a 4 200 ans. C'est ce que révèle une vaste analyse des génomes, publiée le 20 octobre dans la revue Nature par une équipe internationale coordonnée par Ludovic Orlando (CNRS, université de Toulouse), avec le concours du CEA et de l'université d'Evry. Le paléogénéticien décrit ces travaux.

Vous venez de trouver le berceau de la domestication de tous les chevaux actuels, au nord du Caucase, et d'en dater l'origine. Vu l'importance de cet équidé dans l'histoire de l'humanité, n'est-il pas surprenant que cette découverte n'ait pas été faite plus tôt ?

Cela reste, en effet, pour moi, un grand sujet d'étonnement. Au début du XXIe siècle, nous ignorions toujours l'origine de cet animal au rôle pourtant crucial dans les migrations humaines, dans les déplacements quotidiens et dans la conquête de nouveaux territoires. Un animal qui, de surcroît, suscite admiration et passion, qu'on soit ou non cavalier…

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Il faut dire qu'on a été mis sur une fausse piste…

En effet. Avant la domestication du cheval actuel, nombre de tentatives ont avorté. On a même cru que l'une d'elles, celle du cheval de Botaï, qui a eu lieu il y a 5 500 ans dans le territoire qu'on nomme aujourd'hui Kazakhstan, était à l'origine de tous les chevaux actuels.

Mais en 2018, nous avons montré qu'il n'en était rien, dans une étude publiée dans la revue Science. A cette époque, le cheval de Botaï suscitait une controverse : avait-il vraiment été domestiqué ? Dans les campements humains de l'époque, on avait certes trouvé de nombreux ossements équins portant des traces d'usure sur les dents, caractéristique du port d'un filet ; la marque d'enclos enrichis en déjections animales ; et des tessons de céramiques portant la trace de lait de jument. Les données en faveur de cette hypothèse s'accumulaient donc, mais aucune n'emportait l'adhésion à elle seule.

C'est là que vous intervenez, en 2018, en déchiffrant les génomes de chevaux actuels et anciens. Qu'avez-vous trouvé ?

Nous avons comparé le livre de l'ADN de Botaï à celui commun à plus de 600 races de chevaux, actuels ou éteints, à travers le monde. Et nous avons eu une énorme surprise. Contrairement à l'idée dominante, Botaï n'avait pas du tout donné naissance à l'ensemble des chevaux domestiques actuels. En fait, il n'était l'ancêtre d'aucun d'eux.

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Il fallait donc rechercher ailleurs l'origine des chevaux contemporains…

C'est l'objet de notre étude actuelle, qui passe au peigne fin l'Eurasie entière. Nous avons séquencé les génomes de 273 chevaux ayant vécu entre 50 000 et 200 ans avant notre ère. Verdict, il y a 4 500 ans encore, l'Eurasie était peuplée par une prodigieuse diversité de lignées de chevaux bien distinctes, au plan génétique. Mais de cette diversité, tout ou presque a disparu ! A partir d'il y a 4 200 ans à 4 000 ans de cela, en effet, un profil génétique particulier a commencé à sortir de son berceau localisé au nord du Caucase et à s'étendre bien au-delà de cette région d'origine. Celle-ci était auparavant cantonnée dans les plaines creusées par les actuels fleuves du Don et de la Volga, entre la mer Noire et la mer Caspienne – dans les steppes dites « pontiques ». Puis, en quelques siècles à peine (de – 4 000 ans à – 3 500 ans), cette lignée a supplanté toutes les autres populations de chevaux qui existaient dans le monde, en se diffusant à travers toute l'Asie et l'Europe, depuis la Mongolie jusqu'à l'Atlantique.

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