Logo Vue de l'IHU de Marseille, le 14 juin 2021. NICOLAS TUCAT / AFP

C'est un nouvel élément dans le dossier déjà lourd de l'institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille. Depuis plusieurs années, l'IHU mène, sous la direction du professeur controversé Didier Raoult, des essais cliniques irréguliers sur des traitements contre la tuberculose, écrit Mediapart, vendredi 22 octobre.

« Depuis 2017 », l'IHU « mène une expérimentation sauvage contre la tuberculose, provoquant chez plusieurs patients, dont un mineur de 17 ans, de graves complications », explique le journal, qui cite plusieurs employés de l'institut sous couvert d'anonymat. Cette expérimentation a été « initiée par son directeur, Didier Raoult, et son adjoint, Michel Drancourt », précise Mediapart.

Selon le site, qui se base aussi sur des échanges d'e-mails et des comptes rendus d'hospitalisations, des équipes de l'IHU ont testé une combinaison de quatre médicaments dont l'efficacité conjointe n'avait jamais été évaluée.

Ces essais ont été menés malgré le refus de l'Agence nationale de sécurité du médicament, l'ANSM, qui doit donner son aval aux recherches nécessitant des expérimentations sur des êtres humains, en particulier les essais cliniques de médicaments.

Plusieurs études menées d'une manière « pas admissible »

Interrogé par l'Agence France-Presse, l'IHU de Marseille n'a pas répondu dans l'immédiat. L'ANSM, sans évoquer ces essais en particulier, a reconnu que plusieurs études avaient été menées d'une manière « pas admissible » par l'organisme, et a dit avoir engagé des « suites adéquates », sans plus de précision.

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Les informations de Mediapart viennent en effet s'ajouter à des révélations publiées pendant l'été par L'Express, selon lequel de nombreuses études menées à l'IHU s'affranchissaient depuis des années des règles encadrant les expériences faites sur des êtres humains.

Les hôpitaux marseillais, un des six membres fondateurs de l'IHU, ont de leur côté estimé dans une déclaration à la presse que si ces « manquements » étaient confirmés, ils « seraient d'une réelle gravité par leur ampleur supposée, par le temps pendant lequel ils auraient perduré, par l'implication possible de plusieurs professionnels et le cas échéant leur pleine conscience et leur volonté répétée de s'inscrire en dehors du cadre réglementaire ».

L'AP-HM a promis de prendre attache avec « toutes les parties prenantes dans les meilleurs délais afin d'analyser les suites à donner à cette alerte et d'engager le cas échéant toutes les enquêtes utiles [pour] connaître la réalité des faits », se réservant la possibilité aussi de saisir le parquet de Marseille.

L'IHU et M. Raoult ont rencontré une forte aura médiatique au début de la pandémie de Covid-19, en 2020, en promouvant l'hydroxychloroquine comme traitement de la maladie, malgré l'absence d'effet prouvé. Plusieurs études ont été réalisées par l'IHU pour affirmer l'intérêt de ce traitement, mais elles ont subi des critiques de nombreux scientifiques quant à leur méthodologie et leurs conditions de réalisation.

Plus récemment, M. Raoult a fait l'objet de critiques pour avoir fait la publicité d'une étude brésilienne défendant un traitement à base d'hydroxycholoroquine, alors que ces essais ont ensuite provoqué un vaste scandale pour avoir été menés sur des patients sans leur consentement, et pour avoir donné lieu à la publication de résultats tronqués.

Didier Raoult quittera la tête de l'IHU au plus tard fin juin, les membres fondateurs de l'institut ayant souhaité lancer un processus de succession. Il est retraité depuis cet été en tant que professeur d'université-praticien hospitalier.

Explications : Article réservé à nos abonnés Didier Raoult poussé vers la sortie par les partenaires de l'Institut hospitalo-universitaire de Marseille

Le Monde avec AFP

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