Logo Le vase « diatrète », découvert par les archéologues de l'Inrap sur le site de la nécropole de Saint-Pierre-l'Estrier, à Autun (Saône-et-Loire). HAMID AZMOUN

Le 13 novembre 2020, lors de la présentation par visioconférence – deuxième confinement oblige – de fouilles archéologiques effectuées à Autun (Saône-et-Loire), on n'avait d'yeux que pour elle : une coupe d'un raffinement extrême, avec lettres en relief, taillée dans un seul bloc de verre. De ces vases dits « diatrètes », il n'existait qu'une petite quinzaine d'exemplaires complets dans le monde, et l'information avait fait le tour de la planète. On oubliait un tantinet le contexte de cette fouille menée par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) sous la direction de Carole Fossurier, sur une parcelle qu'avait autrefois occupée une nécropole fondée sous l'Antiquité. On mettait de côté les quelque 230 sépultures mises au jour pendant un chantier qui s'était étalé de juin à septembre 2020, pour se concentrer sur le sarcophage dans lequel la coupe, la première découverte en France, avait été trouvée. On regardait, fasciné, cette photographie la montrant engoncée dans un manteau de terre.

Voici qu'arrive une nouvelle date, le vendredi 22 octobre 2021, avec la présentation, à Autun, du vase restauré. Que s'est-il passé entre-temps ? Malgré les apparences, l'objet, qui date du IVe siècle, n'était plus d'un seul tenant. « L'usure du temps l'a fragmenté, explique Nicolas Tisserand, archéologue à l'Inrap et responsable adjoint de la fouille d'Autun. Il était tenu par la terre lors de sa découverte mais, en réalité, on avait des centaines de morceaux, tous en place. »

N'ayant jamais travaillé sur ce type de vase, les chercheurs ont décidé de faire appel à deux des plus grandes expertes de la verrerie antique, les Allemandes Katja Broschat (Musée central romain-germanique de Mayence, le RGZM selon l'acronyme allemand) et Constanze Höpken (université de Cologne). « Elles sont venues trois jours plus tard en voiture, en prenant sur leurs jours de congé, raconte Nicolas Tisserand. Il faut dire qu'on n'avait pas découvert de vase diatrète complet depuis 1975 ! »

Pièces d'un puzzle

Première étape : retirer la terre et étaler tous les morceaux comme les pièces d'un puzzle. Les centaines de fragments, dont certains ne mesuraient qu'un millimètre, ont ensuite été rangés dans des sachets avec des codes de couleur. Puis le vase est parti au RGZM pour la restauration, qui impliquait un nettoyage complet, pièce par pièce, et le remontage-collage minutieux de ce puzzle en trois dimensions.

Le résultat est somptueux. On reste pantois devant la finesse du travail réalisé par un artisan anonyme il y a dix-sept siècles. Pesant seulement 196 grammes, la coupe est un peu plus large que haute avec ses 15 centimètres de diamètre pour 12,6 de hauteur. A son bord, le verre mesure à peine 2 millimètres d'épaisseur. Son décor s'avère assez sobre par rapport à d'autres vases du même genre, avec une simple collerette à motif d'oves. Le vase a pour pied une sorte de délicieux petit bol filigrané, composé de huit ovales qui s'entrelacent, agrémentés de palmettes, et s'appuient sur un cercle central.

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