Logo

WikiLeaks : nouvelle tentative des États-Unis pour extrader Julian Assange

Par Amaury Coutansais Pervinquière Publié le 27/10/2021 à 06:00, Mis à jour le 27/10/2021 à 14:23

Le fondateur de WikiLeaks risque 175 ans de prison aux États-Unis, notamment pour avoir diffusé des documents révélant les pratiques brutales de l'armée américaine.

«J'ai vu Julian samedi dernier à la prison de Belmarsh», près de Londres, «il avait l'air très mal en point», a déclaré Stella Moris, l'ancienne avocate de Julian Assange devenue sa compagne, mardi 26 octobre. En janvier dernier, la justice britannique avait refusé l'extradition du fondateur de WikiLeaks aux États-Unis pour raison médicale. Une décision contestée par Washington, qui remet en cause la fiabilité du psychiatre Michael Kopelman. Celui-ci aurait «dissimulé» que Julian Assange serait devenu père, alors qu'il s'était réfugié dans l'ambassade d'Équateur à Londres. À partir du 27 octobre, la justice britannique devra statuer en appel sur son extradition. L'Australien de 50 ans y risque 175 ans de prison.

Stella Moris mobilise contre la possible extradition de Julian Assange aux États-Unis. TOM NICHOLSON / REUTERS

Pour les États-Unis, cet examen qui doit se dérouler jusqu'au 28 octobre constitue la dernière chance juridique d'obtenir l'extradition de Julian Assange. Seule la Cour Suprême britannique pourra trancher en dernière instance. Washington reproche au fondateur de WikiLeaks la diffusion, en avril 2010, de plus de 700.000 documents classifiés de l'US Army sur les guerres d'Irak et d'Afghanistan, ce qui aurait mis en danger la vie de ses fonctionnaires et de ses collaborateurs. Relayées par la presse mondiale, ces informations révélaient les pratiques musclées de l'armée sur ces différents théâtres d'opérations.

Dès novembre 2010, le ministère de la justice américain enquête contre Julian Assange. Le 18 novembre 2010, c'est au tour de la justice suédoise d'émettre un mandat à son encontre pour des suspicions de viols sur mineurs, affaire classée sans suite. Arrêté par la police britannique, il est libéré sous caution mais doit porter un bracelet électronique. Le 14 juin 2012, la Cour suprême du Royaume-Uni rejette son dernier recours pour ne pas être extradé vers la Suède. Redoutant d'être renvoyé vers les États-Unis, il se réfugie alors à l'ambassade d'Équateur à Londres, où il restera cloîtré pendant sept ans. La police britannique déclare que Julian Assange a violé sa liberté conditionnelle et sera arrêté dès que possible.

Le lanceur d'alerte bénéficie du soutien sans faille du président équatorien de l'époque, Rafael Correa. Son successeur, Lenin Moreno, accusé de corruption dans WikiLeaks, déclare en 2019 que «la patience de l'Équateur quant au comportement de M. Assange a atteint ses limites». Son statut de réfugié politique est révoqué, comme sa nationalité équatorienne. Il est arrêté le 11 avril 2019 par la police britannique, et ses affaires personnelles sont expédiées par l'ambassade d'Équateur vers les États-Unis.

Conduit à la prison de Belmarsh pour avoir enfreint sa liberté conditionnelle, il y serait soumis au Special Administrative Measures (SAMs), c'est-à-dire à l'isolement 23 heures sur 24, dans une cellule de la taille d'une place de parking. Le 23 mai 2019, la justice l'inculpe de 17 nouveaux chefs d'accusation en vertu de l'espionage act, un cas exceptionnel d'utilisation de cette loi datant de 1917.

«Aucune personne responsable, qu'il soit journaliste ou non, ne publierait à dessein le nom de sources humaines en zone de guerre», avait alors justifié John Demers, le responsable de la sécurité nationale au ministère de la Justice. «Pour la première fois dans l'histoire, le gouvernement entame une procédure criminelle contre la publication d'informations véridiques. C'est une attaque directe contre le premier amendement et une escalade inouïe des attaques de l'administration Trump contre le journalisme», avait rappelé l'ACLU, la principale organisation américaine de protection de la liberté d'expression. Reporters Sans Frontières avait également dénoncé «une menace directe sur la liberté de la presse». La compagne de Julian Assange, Stella Moris, et plusieurs associations de défense de la liberté de la presse ont manifesté ce week-end pour s'opposer à son extradition.

À VOIR AUSSI - Addictif, dangereux pour la démocratie... une lanceuse d'alerte exhorte le Congrès à mieux réguler Facebook

Ouvrir la page originale sur le site