A Chaud

Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, arrêté à Londres

Julian Assange lors de son arrestation jeudi 11 avril 2019.

© Capture d'écran d'une vidéo Russia Today

Le lanceur d'alerte australien, réfugié depuis près de 7 ans à l'ambassade d'Equateur à Londres, a été arrêté ce jeudi 11 avril par la police britannique.

Mise à jour : selon un communiqué de la cour fédérale du district de Virginie Orientale, qui instruit le dossier, Julian Assange risque une peine de cinq de prison maximum.

6 ans, 9 mois et 22 jours après avoir trouvé refuge dans l'ambassade d'Equateur à Londres, Julian Assange en a été exfiltré de force jeudi 11 avril. Le fondateur de WikiLeaks a été arrêté par la police britannique. Dans un communiqué, les forces de l'ordre précisent qu'elles sont entrées dans l'enceinte du bâtiment à l'invitation des autorités équatoriennes, « à la suite de la révocation de l'asile » de l'Australien de 47 ans. Il est accusé d'avoir enfreint le contrôle judiciaire auquel il était soumis au moment de son entrée dans l'ambassade, le 19 juin 2012.

Ces derniers mois, les rumeurs se faisaient insistantes quant à une possible arrestation d'Assange. L'élection du socialiste Lenin Moreno, en mai 2017, avait fragilisé sa situation, le nouveau président équatorien étant nettement moins conciliant que son prédécesseur, le très bolivarien Rafael Correa. « D'une décision souveraine, l'Équateur a retiré le statut d'asile à Julian Assange après ses violations répétées des conventions internationales », a d'ailleurs déclaré Moreno sur son compte Twitter, fustigeant le “comportement agressif” et les “déclarations menaçantes” de son hôte encombrant.

Extradé vers les Etats-Unis ?

En mars 2018, alors que WikiLeaks était pris dans l'imbroglio de l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine, l'ambassade avait coupé l'accès Internet d'Assange, l'accusant d'être un peu trop prompt à s'immiscer dans les affaires d'autres pays. « Nous devons nous assurer que la vie de M. Assange n'est pas en danger, mais il a violé les termes de notre accord tellement de fois », déclarait encore Lenin Moreno début avril. Et qu'importe si un groupe de travail des Nations unies a estimé que son asile s'apparentait à une « détention arbitraire » en 2016.

Assange aux arrêts, que va-t-il se passer désormais ? Trois scénarios se profilent : il pourrait être entendu par les autorités suédoises dans une affaire de viol (l'enquête a été classée sans suite, mais les faits ne seront prescrits qu'en 2020 ; il peut être poursuivi par le Royaume-Uni pour avoir enfreint son contrôle judiciaire (il risque un an de prison) ; plus probablement, il risque d'être extradé vers les Etats-Unis.

Depuis 2010, un grand jury enquête dans le plus grand secret sur lui, et nul ne doute de la persistance de son activité : la lanceuse d'alerte Chelsea Manning, source de WikiLeaks graciée par Obama, a été renvoyée en prison début mars pour avoir refusé de témoigner dans le cadre de cette procédure. En 2017, Jeff Sessions, ex-procureur général de Trump, avait affirmé que l'interpellation de l'ancien hacker australien était « une priorité ». Et en novembre dernier, son inculpation a été révélée… par erreur. Mais les charges restent confidentielles. Sera-t-il poursuivi au nom de l'Espionage Act ? Ou pour intrusion informatique, comme le laissent entendre les autorités britanniques ? Et dans l'hypothèse de telles poursuites, sera-t-il considéré comme un journaliste, fonction dont il se réclame depuis dix ans ? « Le Royaume-Uni doit résister ! », crie Assange dans une vidéo de son arrestation mise en ligne par Ruptly, une agence de la chaîne russe RT. Quoi qu'ils pensent du personnage, les médias seraient bien inspirés de surveiller de près les conséquences de cette reddition forcée : c'est la liberté de la presse qui pourrait en faire les frais.

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