Chronologie

Le feuilleton Julian Assange, de la création de WikiLeaks à son arrestation

Julian Assange arrive à la cour de justice de Westminster à Londres sous escorte policière jeudi 11 avril 2019

Rob Pinney/LNP/REX//SIPA

Alors que le fondateur de WikiLeaks vient d'être arrêté à l'ambassade d'Equateur à Londres, où il était reclus depuis 2012, retour sur les grandes dates de cette histoire.

2006 : Aux côtés d'autres activistes (pas tous identifiés), Julian Assange, 35 ans, fonde WikiLeaks. Son slogan ? « We open governments ». Sa mission ? Publier des documents confidentiels, transmis anonymement, pour qu'ils soient lus par le plus grand nombre. Dans les premières années de son existence, la plateforme s'intéresse à la corruption au Kenya, à Guantanamo ou aux pratiques opaques de la banque suisse Julius Baer.

5 avril 2010 : WikiLeaks réalise son premier coup d'envergure mondiale en publiant la vidéo d'une bavure de l'armée américaine en Irak. Dans ce film de 17 minutes, baptisé Collateral Murder et monté dans le plus grand secret en Islande, on peut voir un hélicoptère Apache abattre 12 civils dont deux journalistes de l'agence Reuters, confondant leur matériel vidéo avec des armes à feu. Le Pentagone ouvre une enquête, qui débouchera sur l'arrestation de la source présumée de WikiLeaks : l'analyste Chelsea Manning.

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Juin 2010 : Chelsea Manning est arrêtée après avoir été trahie par un ami hacker, Adrian Lamo, qui a transmis leurs échanges aux autorités. Elle est détenue sous une tente koweïtienne pendant un mois avant d'être incarcérée sur la base militaire de Quantico, en Virginie. Inculpée, elle risque plus de 50 ans de prison.

Octobre-novembre 2010 : C'est la période des fuites de grande ampleur pour le site d'Assange. Coup sur coup, WikiLeaks publie 400 000 rapports confidentiels des guerres d'Irak et d'Afghanistan, ainsi que 250 000 télégrammes diplomatiques du Département d'Etat américain. Là encore, c'est Chelsea Manning qui est soupçonnée d'avoir transmis les documents. Dénonçant « une attaque contre la communauté internationale », Hillary Clinton, alors cheffe de la diplomatie américaine, condamne ce « Cablegate ». Julian Assange devient un ennemi à abattre (parfois au sens propre, à écouter la classe politique américaine sur les plateaux télé). Un grand jury est chargé d'enquêter pour entamer des poursuites, mais WikiLeaks est protégé par un firewall de papier : la plateforme est partenaire de prestigieux titres, du New York Times au Guardian, du Monde au Spiegel.

Mardi 14 décembre 2010, Julian Assange, derrière la vitre teintée d'un fourgon de police alors qu'il arrive à la prison de Wandsworth à Londres.

© AP / Akira Suemori

7 décembre 2010 : Julian Assange est arrêté par la police britannique, qui annonce son intention de l'extrader vers la Suède, où il doit être entendu dans une affaire d'agression sexuelle. Libéré sous caution, il trouve refuge dans un manoir du Norfolk appartenant à son ami Vaughan Smith, un riche libertarien fondateur du Frontline Club, un club de la presse londonien. Il doit porter un bracelet électronique.

Octobre 2011 : Boycotté par plusieurs organismes de paiement (Visa, Mastercard, Paypal, Western Union), WikiLeaks gèle temporairement ses activités et dénonce un « blocus financier ».

19 juin 2012 : Pour échapper à la procédure suédoise, qu'il conteste (il craint déjà d'être extradé vers les Etats-Unis), Julian Assange trouve refuge dans l'ambassade d'Equateur à Londres. Deux mois plus tard, Quito lui accorde l'asile. Le bâtiment est gardé 24 heures sur 24 par les autorités britanniques, qui dépenseront plus de 10 millions de livres en trois ans pour la surveillance – physique et électronique – de l'Australien.

6 juin 2013 : Depuis une chambre d'hôtel hong-kongaise, un certain Edward Snowden met à nu la surveillance de masse de la NSA, l'agence de renseignement électronique américaine.

21 août 2013 : Après trois ans et demi de détention préventive, dont une bonne partie à l'isolement dans des conditions inhumaines, Chelsea Manning est condamnée à 35 ans de prison. Reconnue coupable de six chefs d'espionnage, de cinq accusations de vol et d'une accusation d'intrusion informatique, elle est écrouée au pénitentier de Fort Leavenworth, au Kansas. Numéro d'écrou 89289.

Juin 2015 : Après avoir révélé l'espionnage d'anciens présidents français par la NSA, Julian Assange fait un appel du pied à la France. François Hollande refuse immédiatement de lui accorder l'asile ; lui prétend qu'il ne l'a jamais demandé.

Février 2016 : Un groupe de travail de l'ONU estime que Julian Assange est « détenu arbitrairement ». La Suède et le Royaume-Uni ne cèdent pas.

Julian Assange depuis l'ambassade d'Équateur à Londres le 19 mai 2017

© Vianney Le Caer / REX / Shutterstock

Juin 2016 : Depuis l'ambassade, où ses visiteurs sont soumis à des contrôles de plus en plus stricts, Julian Assange se prononce en faveur du Brexit. « On pourrait imaginer que le mandat contre moi serait levé si la Grande-Bretagne sort de l'Union européenne », explique-t-il dans une interview à Paris Match. Un choix idéologique ou la stratégie d'un homme acculé qui mise sur le chaos pour trouver une échappatoire ?

22 juillet 2016 : WikiLeaks revient sur le devant de la scène en publiant près de 20 000 emails du Comité démocrate américain (DNC). Dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle, cette fuite fait l'effet d'une petite bombe. Assange refuse – comme toujours – de dévoiler l'identité de sa source, mais le procureur Mueller, en charge de l'enquête sur l'ingérence russe, s'en chargera pour lui deux ans plus tard : douze hackers du renseignement militaire russe auraient piraté les serveurs du DNC et, sous le pseudonyme de Guccifer 2.0, auraient transmis le fruit de leur larcin à WikiLeaks.

Octobre 2016 : A un mois du scrutin présidentiel américain, Julian Assange annonce son intention d'accabler Hillary Clinton toutes les semaines jusqu'à la date fatidique du 8 novembre. Depuis le Cablegate en 2010, l'Australien cultive une haine viscérale pour l'ancienne Secrétaire d'Etat, qu'il tient pour responsable de sa situation. WikiLeaks publie notamment les emails de John Podesta, le directeur de campagne de la candidate démocrate. Lors d'une interview accordée à Fox News – la chaîne qui voulait le voir mort six ans plus tôt –, Assange jure qu'il ne roule pas pour Trump. Et dans un communiqué mis en ligne le jour de l'élection, il se félicite d'avoir informé le public américain et nie tout « désir personnel d'influencer le résultat du scrutin ».

18 janvier 2017 : Dans les derniers jours de son mandat, Barack Obama commue la peine de Chelsea Manning, qui sort de prison. Le professeur de droit constitutionnel, dont l'administration a poursuivi plus de lanceurs d'alerte que tous ses prédécesseurs réunis (huit), fait un geste.

3 avril 2017 : Le socialiste Lenin Moreno est élu président de l'Equateur. Problème pour Assange : le nouveau maître des lieux est bien moins conciliant que son prédécesseur bolivarien, Rafael Correa. En mars 2018, l'ambassade ira jusqu'à couper la connexion Internet de l'Australien, afin de prévenir toute interférence politique auprès d'autres pays.

21 avril 2017 : Jeff Sessions, le procureur général de Trump, affirme que l'arrestation de Julian Assange est « une priorité ». Cette déclaration contraste avec le réchauffement de circonstance opéré pendant la campagne. « Dieu que j'aime lire ces WikiLeaks », déclarait Donald Trump quatre jours avant d'être élu.

Mai 2017 : Après avoir essayé d'auditionner Assange pendant plus de six ans, les autorités suédoises classent l'enquête pour agression sexuelle sans suite. Les faits ne seront prescrits qu'en 2020 (elle peut donc être rouverte).

Janvier 2018 : Trois médecins britanniques auscultent Julian Assange à l'ambassade d'Equateur, et s'inquiètent publiquement de son état de santé physique et mentale. « Il n'a pas accès à la lumière du jour et vit dans un environnement confiné depuis plus de cinq ans et demi », écrivent-ils dans le Guardian.

Novembre 2018 : La justice américaine révèle par inadvertance l'inculpation de Julian Assange. Mais les charges pesant contre lui restent confidentielles : sera-t-il poursuivi pour espionnage ou intrusion informatique ?

8 mars 2019 : Parce qu'elle refuse de témoigner devant le grand jury qui enquête sur WikiLeaks, Chelsea Manning retourne en prison.

11 avril 2019 : Julian Assange est arrêté par la police britannique dans l'enceinte de l'ambassade. Dans une déclaration vidéo, le président Lenin Moreno dénonce le « comportement agressif » de son hôte pour justifier la révocation de son asile. Les autorités britanniques précisent que le fondateur de WikiLeaks devrait être extradé vers les Etats-Unis.

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